La démocratie sociale a-t-elle encore un avenir ? Le bref débriefing…

Ironie des agendas,  Jacky Bontems devait disserter avec nous de la démocratie sociale, mais il se devait aussi d’assister à l’ultime hommage rendu à ce grand syndicaliste, acteur historique de cette grande cause. 

En ce jour d’obsèques d’Edmond Maire, Jacky Bontems n’a pas pu en effet honorer notre réunion de sa présence. C’est donc au pied levé que Joël Carreiras a bien voulu introduire notre réunion.  Nous publierons très prochainement l’intervention qu’avait prévu Jacky Bontems. (lire son interview)

La démocratie sociale a-t-elle encore un avenir ? Le bref débrief…
Après une longue introduction du Président de Rencontres Progressistes tentant de répondre à la question au regard du contexte des ordonnances, le débat fut d’abord l’occasion de témoignages de terrain rapportant que le souci des jeunes en recherche d’emploi portait moins sur la nature de leur contrat, en CDD ou CDI, que d’avoir tout simplement du travail. Il fut également souligné l’expression d’attentes de plus en plus forte en matière de qualité de vie au travail en évoquant notamment les exemples de mise en œuvre de « charte du bien-être au travail ».

Ce sujet est revenu à plusieurs reprises dans la discussion avec le souhait exprimé de ne pas s’attacher exclusivement à l’évolution des formes du travail mais également celle de son contenu. Qui est le salarié d’aujourd’hui ? Il fut souligné la carence du politique à interroger cette dimension de la qualité de vie au travail qui rentre évidemment dans le champ de la démocratie sociale. Dans cet esprit, le syndicat doit représenter l’interface essentiel d’accompagnement.

A propos des ordonnances, il fut rappelé que les entreprises réclament surtout de pouvoir remplir leur carnet de commandes mais aussi que les salariés souhaitent pouvoir discuter à l’échelle de leur entreprise. Le dialogue social doit être connecté au plus près des réalités sociales et économiques. Le dialogue social n’a pas disparu. Il fonctionne et n’attend pas la loi pour cela.

Il fut constaté que les réformes actuelles ne vont pas dans le sens du renforcement du dialogue social. Ce dernier a donné lieu à des avancées durant les cinq dernières années sur le plan national comme à l’échelle des branches et des entreprises.

Le témoignage de la CFDT est venu illustrer ces propos en évoquant son enquête réalisée auprès des salariés. Ils souhaitent prendre part aux décisions de l’entreprise. Ce qui n’est pas la même chose qu’adhérer au syndicat, fut-il précisé. Cette remarque est importante lorsqu’on compare avec la situation de pays ou l’appartenance syndicale est nécessaire, voire obligatoire, pour bénéficier d’accords négociés.

Cette même enquête de la CFDT fait état que 80% des salariés sont contents de leur travail et qu’il y a danger pour le syndicalisme à ne parler qu’aux 20 % restants. Dans le même esprit, si la bataille pour le dialogue social ressort comme l’un des sujets essentiels du moment, il ne faut pas se tromper de diagnostic. Dans la réalité, la pratique du mandatement est aujourd’hui très marginale dans les petites entreprises et que, généralement, les organisations syndicales ne savent pas faire dans les TPE. Concernant les institutions représentatives, on constate que les salariés se désintéressent de l’enjeu de leur fusion et que les systèmes à 17 consultations s’avèrent par ailleurs très lourds. Ça ne peut être donc un sujet tabou. Plusieurs intervenants ont souligné l’acculturation des chefs d’entreprises et des cadres sur ces questions qui touchent également au management. La nature du patronat français est aujourd’hui un obstacle à la qualité du dialogue. Une négociation est aussi un savoir-être. Le réflexe patrimonial des employeurs introduit trop d’affect et pas assez de professionnalisme. Il faut donc former les patrons à la négociation. Il faut revisiter aussi la formation des ingénieurs et cadres dont les compétences ne doivent pas être que techniques mais aussi managériales.

De l’avis formulé par beaucoup de participants, la démocratie sociale est d’abord une pratique. Cette pratique doit être partagée et modernisée, mais elle doit aussi pouvoir être garantie par la présence syndicale.

Intervenants : Joël Carreiras, Sabine Geil-Gomez, Julien Klotz, Christine Courade, Hughes Bernard, Jean-Marc Dubarry, Paule Villette, Muriel Gineste, Freddy Ficarra et le témoignage de Gregory Martin, responsable régional et membre de la direction nationale de la CFDT.

Auteur : admin2767

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