Contribution : Pascal Boureau

Social-démocratie et social-écologie

La réflexion qui s’engage sur notre identité socialiste pose la question du pourquoi. Pourquoi
sommes-nous militants politiques, pourquoi partager des valeurs communes, pourquoi
voulons nous transformer la société ?

Cette quête de sens anime notre engagement humaniste au service du bien commun.
L’idéal socialiste c’est permettre à chacun de s’émanciper personnellement au sein d’un
collectif où le bien vivre ensemble constitue une marche continue vers le progrès.

Cette notion de progrès a de plus en plus de mal à émerger dans un monde où de toutes parts
les valeurs de tolérance, de respect de la personne humaine et de paix entre les peuples sont
sans cesse bafouées.

Tous les êtres humains ont droit à une vie décente sur cette terre, c’est la première
valeur que nous, socialistes, devons faire partager au plus grand nombre.

Faire partager nos valeurs, c’est aussi redéfinir ce qu’est pour nous la social-démocratie.
Ce n’est certainement pas le social-libéralisme ! Nous ne voulons pas d’un monde où la
liberté consisterait à laisser faire « un renard libre dans un poulailler libre ».

L’économie ne peut être saine et durable que si elle est régulée par les acteurs publics.
Des critères de régulation doivent être définis et appliqués au niveau mondial, au niveau
européen, au niveau national et au niveau des collectivités locales. Cette régulation est
nécessaire pour éviter les dérives financières qui conduisent à des bulles spéculatives néfastes
au fonctionnement même de l’économie et dont les conséquences sociales et
environnementales sont dramatiques.

Une économie régulée, c’est aussi une économie qui oriente sa production vers la fabrication
et la mise à disposition de biens et de services utiles à la population. Consommer oui, mais
gaspiller non ! Disposer de produits et d’outils qui améliorent la vie quotidienne, oui !
Amasser toujours plus, non !

Fabriquer des produits durables c’est par exemple mettre fin à l’obsolescence programmée et
au tout jetable (même s’il est recyclable), ce qui au passage favorisera ainsi de multiples
emplois dans la réparation. La régulation c’est aussi chercher à réduire notre empreinte
écologique aussi bien dans le domaine industriel, dans le domaine des transports et dans le
domaine des loisirs.

La social-démocratie doit aussi être porteuse de la nécessaire transition énergétique pour
laisser un monde où la vie sera encore possible pour les générations futures.
Nous n’avons qu’une seule terre et nous en sommes tous responsables !

La question écologique, c’est l’affaire de tous et elle ne saurait se réduire à une prise en
charge réservée aux seuls mouvements écologistes. Le Parti socialiste doit en faire la colonne
vertébrale de son projet politique, afin de prendre en compte le réel pour tracer les
perspectives d’une société plus juste socialement, plus forte économiquement et plus durable
environnementalement.

La situation est aujourd’hui préoccupante et nous commande d’agir très rapidement. Le
dernier rapport du GIEC est clair : si nous continuons au rythme actuel, la concentration en
gaz à effet de serre sera telle que l’augmentation moyenne de la température atteindra autour
de 5°C avant la fin de ce siècle, avec son lot de catastrophes liées aux déchaînements de la
nature, sans commune mesure avec ce que nous constatons déjà, avec une augmentation
exponentielle du nombre des phénomènes météorologiques extrêmes à la surface du globe.

Un nouveau modèle de développement s’impose, basé sur une alternative à la
consommation d’énergies fossiles. Orienter notre système de production vers l’utilisation
des énergies renouvelables nous permettra non seulement de réduire la pression sur notre
environnement mais aussi de créer les conditions d’une reprise économique riche en emplois
non délocalisables.

La réussite de cette nécessaire transition énergétique passe par une détermination de tous les
instants qui ne saurait céder aux lobbys les plus réactionnaires qui ne raisonnent que par des
intérêts financiers à court terme. Le chantage à l’emploi n’est pas recevable : quand la
planète ne sera plus vivable pour les humains, il n’y aura plus aucun emploi pour
personne ! Il faut au contraire accélérer la reconversion professionnelle des travailleurs et
favoriser l’innovation dans tous les domaines de l’industrie non polluante pour prendre un
temps d’avance dans la course à la création de millions de nouveaux emplois.

Pour nous socialistes, s’engager résolument vers une économie verte, c’est investir pour
un monde et une croissance durables, c’est se donner les moyens de créer un réseau
industriel réparti sur tout le territoire, c’est permettre au plus grand nombre de retrouver
l’espoir d’un travail utile et respectueux de l’environnement, c’est tout simplement redonner
du sens à notre projet politique… et, c’est bien là l’essentiel, permettre à chacun de donner du
sens à son parcours de vie.

Section de Blagnac (31)